La Nouvelle République

La Nouvelle République / Indre-et-Loire
( 06/11/2004 )


Le fabuleux destin de Maryvonne de Tours à la médina de Marrakech


Professeur d'histoire à Tours, Maryvonne Grunberg a tout lâché pour Marrakech où elle a hérité d'un palais. Un vrai conte de fées pour cette femme d'action, devenue au Maroc l'ambassadrice de la Touraine.




Maryvonne Grunberg en son palais, à Marrakech : « J'ai tenté l'aventure pour l'amour de ce lieu et des gens d'ici ». (photo NR)

 

Qui n'a pas rêvé d'hériter un jour d'un oncle d'Amérique ? Pour

……….

Maryvonne et Alain Grunberg, deux Tourangeaux professeurs d'histoire, ce rêve est devenu réalité : à ceci près qu'ils ont hérité d'une grand-tante perdue de vue, qui s'était installée au Maroc dans les années 1940, fuyant la France où les lois de Vichy venaient de la spolier de la nationalité française, elle et son mari.

Après trois ans de recherches généalogiques menées des deux côtés de la Méditerranée, le couple qui n'avait jamais mis les pieds au Maroc se trouvait propriétaire d'un riad dans la médina de Marrakech, une de ces belles demeures marocaines actuellement si recherchées. Palais des mille et une nuits ou cadeau empoisonné ? Ce n'est qu'en se rendant sur place, un beau jour de juin 1995 que Maryvonne et Alain ont pu se rendre compte par eux-mêmes… qu'ils avaient hérité d'une magnifique ruine. « Le patio était démoli, la pièce à vivre était dans un état cauchemardesque. Sur le bureau était posé un crâne qui terrorisait les enfants du quartier, il y avait beaucoup de fusils, un casque de la guerre de 14 et un calendrier arrêté à la date de la mort de notre tante… » Malgré l'état général qui en aurait découragé plus d'un, malgré les offres de rachat qui faisaient s'envoler les enchères (même la mafia russe était intéressée !) les Grunberg se sont laissés porter par leur coup de foudre pour ce lieu « à l'atmosphère chargée d'histoire ».


“ Il fallait absolument
quelqu'un
sur place ”


De cet ancien palais du XIXe siècle, construit pour héberger un vizir du sultan de l'époque il ne restait rien ou presque. Avec l'aide d'un voisin architecte qui lui aussi retapait son riad, les Tourangeaux se sont lancés dans l'aventure d'une restauration pharaonique qui a duré trois ans. « Des travaux horribles ! Les gravats étaient évacués à dos d'âne, dans les étroites ruelles de la médina. Il a fallu remonter les murs, et tout recréer. » En 2001, les gros travaux étaient finis. Ne restait plus qu'à créer l'ambiance…

C'est alors que la question essentielle s'est posée. « Notre idée de départ était de garder ce riad pour notre retraite et d'en faire une maison de famille. Mais on n'a pas voulu laisser ce lieu inhabité et l'abandonner à nouveau. Il fallait absolument quelqu'un sur place… » Maryvonne fait donc le grand saut en septembre 2002, démissionne de l'Éducation nationale et lâche son poste au lycée Grandmont.

Elle a ensuite écumé les souks, le marché aux puces et les boutiques de Marrakech. Chaque objet chiné a trouvé sa place pour créer une ambiance magique et hors du temps. Dès la tombée de la nuit, pas moins de120 lanternes spécialement fabriquées éclairent le riad d'une lumière feutrée. Le patio fleuri, planté d'oliviers et d'un bananier s'allume de dizaines de bougies… A deux pas de la grande place de Marrakech, le riad de Maryvonne, caché derrière ses hauts murs ocrés devient un havre de repos exceptionnel.

Beaucoup de touristes ont déjà pu l'apprécier car depuis janvier dernier, le riad Mounia a ouvert des chambres d'hôtes. Alain Grunberg, toujours professeur d'histoire au lycée Descartes, vient aussi en profiter, aux vacances. Et Maryvonne, entre autres activités (lire ci-dessous) accueille ses hôtes avec chaleur. Comme si elle l'avait toujours fait. « Ma vie est ici, maintenant » dit-elle simplement.


Brigitte BARNÉOUD